Monter une séquence pédagogique de A à Z

Pour monter une séquence pédagogique de A à Z, il nous faut imaginer partir en voyage :

Kinkaku-ji, Kyoto, Japon

 

1- Quelle destination allons-nous choisir ?

C’est notre tâche finale. Elle peut être simple – c’est à dire axée sur une seule activité langagière – ou complexe. Par exemple, en terminale, j’ai élaboré une séquence sur les congés solidaires (volunteer holidays) et j’ai opté pour une tâche finale double impliquant l’expression écrite (la rédaction d’une lettre de motivation) et l’expression orale en interaction (le candidat est interviewé par des représentants de l’organisation à laquelle il a envoyé sa lettre et il défend sa candidature). La qualité de notre voyage dépend pleinement de ce choix initial.

2- Quelles sont les étapes que nous prévoyons de faire ou de ne pas faire ?

C’est le détail de notre progression avec nos différentes étapes intermédiaires, mûrement choisies pour nous amener, pas à pas et sans stress excessif, vers notre destination finale. Il nous faut les planifier en terme de temps, de rythme, d’enchaînement, de contenu, de pertinence.

3- Quels sont les sites dignes d’intérêt qui valent un détour ?

Ce sont les choix linguistiques, culturels, phonologiques, méthodologiques et autres que nous décidons de mettre en relief et sur lesquels nous allons attirer plus particulièrement l’attention de notre groupe d’aventuriers. La question que nous devons nous poser avant même de démarrer est celle-ci : quels sont nos besoins réels pour atteindre notre destination finale ? Tout ce qui va alourdir inutilement nos sacs à dos et ralentir notre progression doit être laissé au domicile. Nous pourrons toujours l’utiliser pour une prochaine expédition. L’erreur du débutant est de vouloir trop emporter : d’être trop ambitieux, de surestimer ses forces et ceux de ses élèves. Attention à l’épuisement, au découragement, à la perte de sens.

4- Quelles sources d’information allons-nous privilégier ?

Ce sont les documents authentiques ou didactisés que nous allons nous-mêmes consulter et mettre à la disposition de nos élèves : guides, témoignages, conférences, sondages, documentaires, films, documents iconographiques et autres. Selon la nature des documents, nous solliciterons l’écoute, la parole, le simple repérage auditif ou visuel, la lecture de l’image, la compréhension d’un texte ou d’un schéma, l’analyse, la réflexion, le débat…etc. Nous pouvons prévoir que différents groupes travaillent sur différentes sources d’information et mettent ensuite leurs recherches en commun. Bien sûr, nous pouvons faire ce travail en amont en préparant notre voyage, mais également laisser aux élèves la possibilité de faire des choix : très formateur pour développer l’esprit d’initiative et la solidarité au sein du groupe.

5- Qu’allons-nous mettre dans nos valises ?

Nous devons prévoir un minimum de vêtements et d’accessoires (les pré-requis) tout en gardant la possibilité de faire des achats sur place (les requis) et ramener des souvenirs (les acquis). A nous de penser à faire un budget prévisionnel de ces dépenses en préparant notre voyage : c’est l’investissement personnel de chacun à notre projet collectif. A nous de clairement définir nos exigences pour qu’il n’y ait pas de mauvaise surprise à l’arrivée.

6- Allons-nous partager notre expérience avec d’autres ?

C’est un point essentiel car il galvanise les énergies des uns et des autres quand une dimension autre que purement scolaire vient se greffer sur la tâche. Elle peut prendre de multiples formes : un blog, un log-book, un portfolio individuel, un diaporama, un exposé oral, une exposition, un échange de mails, un article de presse, un spectacle, une fête … nos élèves sont tellement fiers de « donner à voir » leur travail car alors, ils mesurent mieux leur progression, leur réussite et la portée de leur investissement personnel à un projet commun. C’est souvent un point que nous avons tendance à négliger de peur que tout ne soit pas parfait et que nous soyons jugés ou critiqués sur ces petits « ratés ». Mais c’est bien ce regard bienveillant que nous portons sur le travail de nos élèves qui les fait grandir et progresser … et nous avec eux.

7- Allons-nous prévoir des itinéraires bis ?

Nos voyageurs ne marchent pas tous au même rythme, n’ont pas tous le même sens de l’observation et de l’orientation. A nous de prévoir des accès différenciés à leurs niveaux. Ils nous faut également prévoir des pauses pour que chacun puisse reprendre son souffle, recharger ses batteries en énergie positive et repartir.

8- Que mettre dans notre trousse d’urgence ?

La difficulté est que l’on ne sait jamais à quel type d’urgence nous risquons d’être confrontés. C’est vrai qu’avec l’expérience, nous apprenons à faire face aux imprévus de dernière minute avec un peu plus de recul et de sérénité. Je dirais que plus vous avez préparé votre voyage en amont, plus vous serez souple sur son déroulement. La règle est la suivante : rigueur dans la préparation, souplesse dans la mise en œuvre.

Enfin, laissons-nous guider par l’énergie et l’enthousiasme de nos élèves. Combien de fois ai-je été émerveillée par la beauté des chemins détournés qu’ils ont empruntés pour finalement me rejoindre au point d’arrivée. Essayons de ne pas trop verrouiller nos cours par excès de professionnalisme et souci d’efficacité et de performance (article : transmettre le goût de l’initiative).

Nous serions surpris des souvenirs qu’ont gardés nos élèves de nos cours des années après. Très souvent, ils ne portent pas sur le contenu mais bien sur le processus d’apprentissage que nous avons adopté et l‘attention bienveillante que nous leur avons porté tout le long de l’année. Une belle leçon de pédagogie à garder en mémoire au moment de construire nos séquences pédagogiques.

Prochain article : préparer sa rentrée

 

 

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