Un, deux, trois, moteur !

Si on me demandait de garder un SEUL outil pédagogique parmi tous ceux que j’ai accumulés au cours de ma carrière, sans hésiter, je choisirais ma caméra !
Depuis plus de quinze ans, elle est passée de main en main, dans toutes mes classes sans exception. Elle s’est couverte de craie. Elle a tremblé d’émotion, sursauté de surprise, gloussé de rire, suinté dans la moiteur du stress. Elle a pris l’air de Londres, de  Bath, de Chester, de Cardiff, de Stratford-upon-Avon … et de tant d’endroits nés dans l’imaginaire des élèves !

Sincèrement, je n’avais pas imaginé qu’elle transformerait à ce point ma manière d’enseigner … et surtout mon regard sur les élèves ! C’est une présence neutre à mes côtés qui impose d’emblée  le silence, le respect, la concentration au moment précis où claquent ces mots : « One, two, three, ACTION ! »


Toutes ces années, elle a enregistré fidèlement tous les sketches de mes élèves du primaire au lycée, y compris les « petits ratés » dignes d’un bêtisier. Au départ, les élèves sont paniqués, puis intrigués, et enfin séduits de se voir à l’écran, souvent méconnaissables dans leurs costumes, sous leurs perruques, derrière leurs mimiques … mais toujours si sérieux  et concentrés sous l’objectif impitoyable de la caméra.

Mettre en scène la langue, se l’approprier en jouant et dédramatiser la prise de parole.

Tel est le défi à relever !

J’ai moi-même participé à ces sketches pour donner la réplique à mes élèves ! De mémoire, je peux encore réciter le rôle de Dobby, dans la scène précédent le fameux dîner désastreux chez les Dursley, dans Harry Potter : The Chamber of Secrets !!

Ce n’est pas parce que la classe vibre d’excitation, d’appréhension et de bonne humeur que les exigences sont oubliées pour autant ! Effort de mémorisation, cohérence entre discours et jeu, respect des indications scéniques du texte original, aisance orale et prononciation, effort lexical et correction grammaticale, créativité et inventivité … j’adapte les critères d’évaluation aux différents niveaux des élèves  et au type de sketch. La note est collective, commune aux partenaires d’un même groupe, ce qui les oblige à être solidaires, pour le meilleur et pour le pire !

Autre avantage : la caméra garde en mémoire le travail de toute une année scolaire. Un simple retour en arrière sur les premiers sketches de l’année témoigne du parcours effectué et des réels progrès en expression orale : prise de parole en continu et communication interactive. A la fin de l’année, nous organisons une « séance visionnage » pour justement dresser ce bilan sans concession de nos débuts hésitants: « Que nous étions NULS ! »

Quand la caméra tourne et que je suis reléguée au fond de la classe au simple rôle de spectatrice, je connais « des moments magiques » chargés d’émotion, d’admiration et de fierté. Des moments qui ne s’oublient pas. Des années plus tard, des étudiants qui me croisent dans la rue, me reparlent de ces sketches, une pointe de nostalgie dans la voix !

Dans un prochain article, je vous donnerai des exemples concrets des différents sketches proposés aux élèves, du CM2 à la terminale.




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