Le stress de l’élève perfectionniste

En matière de stress en milieu scolaire, nous mettons souvent en avant l’élève ayant des difficultés d’apprentissage, mais qu’en est-il de l’élève perfectionniste ?

A ce sujet, j’ai une expérience de classe riche d’enseignements.

Aline – j’ai modifié son prénom – est une élève de seconde, très scolaire, perfectionniste, toujours soucieuse de bien faire, et plutôt discrète. Ce jour-là, j’ai prévu une évaluation en compréhension orale. Quelques minutes à peine après le démarrage de l’enregistrement, j’entends Aline se manifester à voix haute : « Je n’y comprends RIEN ! » Puis,  elle lâche son stylo d’un geste rageur et retourne sa feuille de manière ostentatoire pour me signifier clairement qu’elle ne fera pas l’effort de comprendre. Cette réaction de sa part me stupéfait !

Que se passe t-il ?

Aline a l’impression de ne RIEN comprendre quand elle ne comprend pas TOUT. Le travail de repérage que je lui demande est source de stress pour cette élève perfectionniste qui veut maîtriser le tâche de A à Z, dans le moindre détail.

Comment réagir ?

Je peux difficilement ignorer sa réaction tant elle est démonstrative ! Je soupçonne même Aline de vouloir « saboter » le travail de ses camarades pour ne pas être prise en défaut. Je me déplace vers elle pour lui indiquer que j’ai bien noté son désarroi, mais que je ne peux céder par principe d’équité vis-à-vis de ses camarades. Je n’arrête donc pas le déroulement de l’enregistrement. A la fin de la première écoute, je la rassure, j’attends qu’elle reprenne ses esprits et, d’une voix posée, je l’invite à reprendre son travail. Soucieuse de son image de bonne élève, Aline saisit cette perche. Je la félicite de cet effort. La deuxième écoute peut démarrer dans de meilleures conditions !

Forte de cette expérience, j’essaie désormais de mieux anticiper ce type de réaction en simplifiant, par exemple, les premières questions du test de compréhension orale pour que tous les élèves, sans exception, se sentent impliqués – et donc rassurés – dès les premiers instants de l’enregistrement. C’est un fait : tout test d’évaluation doit être graduel dans la difficulté pour éviter « le décrochage prématuré » de l’élève, particulièrement déstabilisant et pénalisant en compréhension orale. De plus, je prends désormais le temps d’expliquer aux élèves la finalité de ce type d’exercice : il ne s’agit pas de TOUT comprendre mais bien de repérer un certain nombre d’éléments dans une chaîne parlée en continu.

Incitons nos élèves à regarder des films en version originale pour que cet entraînement en compréhension orale, si indispensable à la maîtrise de la langue, soit source de plaisir et non de stress !!

Et vous, comment gérez-vous le stress – souvent démesuré et handicapant – de l’élève perfectionniste ?

 

Prochain article : réintégrer un élève dans la classe

1 commentaire sur Le stress de l’élève perfectionniste

  • Muriel

    Lorsque je perçois une certaine panique (autant dire que cela est monnaie courante !), je forme des duos de compréhension : à deux, tout va mieux. Chacun note ce qu’il comprend, et ensuite , je leur demande de remettre les pièces du « puzzle » dans le bon ordre de façon à construire quelque chose de cohérent.
    Ils jouent tous le jeu et le « briefing » en amont fonctionne : je leur répète depuis le premier jour que tout comprendre n’est pas le but, que si les mots sont inaudibles, c’est qu’ils n’ont pas un sens primordial dans la phrase mais sont des mots outils…cela passe tout de suite mieux.

    De plus , le challenge est au rendez-vous : ils se retrouvent avec parfois de nombreux mots et ils trouvent ludique de devoir reconstituer un tout avec ces bribes. Les perfectionnistes retrouvent alors leur le côté « bien organisé » qui les conforte tant et ils brillent souvent, grâce à la contribution de leur camarade.

    Ils sont toutefois conscients qu’un jour ou l’autre, ils devront assumer cette tâche seuls…en attendant, progressivement, ils entraînent leurs oreilles à discriminer efficacement, l’air de rien !