La peur d’apprendre

Apprendre, c’est accepter de ne pas savoir.

Apprendre, c’est prendre conscience d’un manque.

Apprendre, c’est douter et se questionner.

Apprendre, c’est quitter ses repères.

Apprendre, c’est faire un pas vers l’inconnu.

 

 

J’ai découvert la peur d’apprendre auprès du petit groupe « d’irréductibles » que je mentionne dans l’article intitulé Les artisans de l’innovation, classé dans la rubrique thématique Aide Individualisée. Certes, ces élèves cumulaient des difficultés de lecture, d’écriture, de mémorisation, mais ils avaient TOUS en commun cette même peur : la peur d’apprendre. En d’autres termes, la peur de progresser, d’aller de l’avant, de ne pas y arriver, de ne pas être à la hauteur, d’échouer, d’être ridiculisés … la peur du regard moqueur des camarades de classe et la peur du jugement de l’enseignant. Depuis, j’ai rencontré cette même peur dans d’autres circonstances et à des niveaux très divers.

Cette peur peut se traduire de plusieurs manières :

  • Le refus de rentrer dans l’activité proposée, le refus de s’investir. C’est le dernier rempart, la liberté de choisir de l’apprenant. Ce qu’il ne fait pas, n’est pas faux. l’élève peut toujours prétendre savoir, une fois la correction effectuée. C’est la technique de l’évitement que tout karatéka ou pratiquant d’arts martiaux connait bien. Technique de parade redoutable car totalement imprévisible.
  • L’extrême lenteur avec laquelle l’élève aborde l’activité. C’est une  technique comme une autre pour repousser le plus tard possible le moment de la correction. C’est aussi un moyen de fuir le verdict, le jugement, la note. Ce qu’il n’a pas fini, n’est pas forcément faux.
  • La précipitation, l’urgence à finir le premier. L’élève bâcle son travail pour le finir en un temps record. Si l’exercice est faux, il peut toujours se raccrocher à l’excuse d’une erreur d’inattention. Il se donne un plaisir immédiat : celui d’avoir fini le premier et redore ainsi son image auprès de ses camarades. Dans son esprit, ses erreurs sont de simples erreurs d’étourderie, ce qui les minimisent.

D’où vient cette peur d’apprendre ?

Pour les professeurs que nous sommes, cette peur est inconcevable car l’apprentissage est pour nous synonyme de plaisir. C’est une des raisons, sinon LA raison, qui nous a motivés à exercer ce métier. Difficile donc de se mettre dans la peau ou dans la tête de l‘élève qui perd pied à chaque fois qu’il est confronté à ce qui ne sait pas ou plus précisément, à ce qu’il croit ne pas savoir. J’ai remarqué que les élèves qui n’ont pas confiance en leur capacité d’apprendre ouvrent « un nouveau dossier » à chaque nouvelle connaissance, sans faire de lien avec ce qu’ils savent déjà. Par conséquent, leur cerveau ressemble à un écran d’ordinateur envahi par des dossiers multiples, non identifiés.

C’est ce manque de lien qui est souvent à l’origine de leur peur d’apprendre.

Enseignons à nos élèves à nommer leurs connaissances, les identifier, les étiqueter, les rassembler, les  classer, les hiérarchiser, les synthétiser, les simplifier, les réduire à l’essentiel … pour qu’ils se sentent en confiance quand il s’agit de faire un pas de plus dans leur apprentissage. Il leur faut de solides points d’appui pour avancer. C’est LA règle de sécurité que respecte tout alpiniste lorsqu’il entreprend une ascension vers le sommet.


Prochain article : Monter un projet de A à Z

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