Evaluer l’expression écrite

J’ai longtemps redouté le moment de rendre les rédactions. Je savais, à l’avance, qu’il me faudrait affronter la mauvaise humeur - pour ne pas dire la mauvaise foi – de ceux qui n’avaient pas une note à la hauteur de leur espérance.

« Vous ne m’aimez pas m’dame, c’est CLAIR ! »

« J’y crois pas ! J’ai quasiment aucune correction et seulement 10/20 ! »

« Ça sert à rien de faire des efforts si je suis toujours abonné à la même note ! »

Que ces remarques me paraissaient ingrates alors que j’avais passé mes soirées le nez dans les copies !


Piquée au vif par ces commentaires négatifs et frustrée de ne pas voir mes élèves progresser,  j’en suis venue à adopter quelques règles simples :

  • Je donne toujours le sujet de rédaction à l’avance pour que les élèves aient le temps d’y réfléchir tranquillement à la maison. A mes élèves de terminale, je conseille de travailler sans document et en temps limité, dans les conditions d’examen.
  • Je fournis la grille d’évaluation en même temps que le sujet.
  • J’accepte d’apporter une aide ponctuelle à tout élève qui m’en fait la demande. Par exemple, commenter un plan, une introduction, une tournure de phrase ou autre.
  • Le jour du devoir sur table, l’élève a la grille d’évaluation sous les yeux. Elle lui sert de pense-bête : ai-je bien pensé à faire une introduction ? A étayer mes arguments par des exemples ? A ne pas répéter les mêmes mots lexicaux ? … etc.
  • Pour le devoir en classe, l’élève n’est pas autorisé à utiliser ses notes rédigées à la maison. Elles restent dans sa tête.
  • Au moment de corriger une copie, je m’oblige à une première lecture avec un marqueur vert à la main. Je souligne tout ce qui
    bonifie la copie
    : effort lexical, grammatical, présentation, structure, syntaxe élaborée …etc. Après cette première lecture, je valide ces items en vert sur la grille d’évaluation.
  • A la deuxième lecture, je prends un stylo rouge pour souligner ou marquer ce qui « plombe » la copie : manque d’introduction, de conclusion, répétitions abusives, erreurs lexicales et grammaticales …etc. Je note le type d’erreur, mais je ne la corrige pas. J’entoure en rouge ces mêmes items sur la grille d’évaluation.

J’adopte 5 critères notés chacun sur 5 points (article : « Mes critères d’évaluation de l’écrit ») et chaque critère est détaillé pour faire apparaître la note de manière transparente et parfaitement justifiée. Par exemple, si dans la rubrique « présentation »   3 items sur les 5 sont validés, la note est de 3 points sur 5. Plus aucune contestation n’est possible !!

De plus, le manque de vert sur la copie et la grille signifie à l’élève qu’il n’a pas respecté les consignes de travail ou les exigences imposées par le type de sujet. Ceci met fin à ce type de commentaire :

« J’y crois pas. Je n’ai quasiment aucune correction et seulement 10/20 ! »

Vous l’avez compris : la grille d’évaluation est un véritable contrat de confiance qui lie professeur-correcteur et élève. Les règles sont claires pour l’un ET l’autre. Le professeur s’engage à ne pas évaluer ce qui n’est pas clairement défini dans les clauses du contrat : la grille d’évaluation.

L’utilisation de couleurs différentes – vert et rouge – aide l’élève à porter un regard neuf sur son travail : regard plus objectif, plus distancié, plus positif, plus constructif aussi. Il n’a plus l’impression d’être noté « à la tête du client » de manière arbitraire. Il sait ce sur quoi il doit porter ses efforts pour progresser au prochain devoir. Quant à moi, j’en tire la satisfaction d’avoir valorisé les efforts de l’élève à leur juste valeur sans avoir cédé sur mes exigences.

Grâce à ce procédé, je ne redoute plus de corriger mes copies, ni de les rendre !

Récompensée par les progrès visibles de mes élèves et leur bonne humeur retrouvée, je suis prête à faire face à un nouveau lot de copies … avec une énergie renouvelée !

 

 

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