L’alchimie d’une classe

Chaque année, nous avons des classes « qui marchent toutes seules » et d’autres qu’il nous faut « porter à bout de bras ». Ceci ne dépend pas toujours de nous, mais relève plutôt de l’alchimie du groupe. Ce phénomène collectif, souvent insaisissable, relativise notre impact sur une classe et nous invite à davantage d’humilité et de détachement.

Ceci dit, nous avons notre part de responsabilité pour faire vivre la classe !

Je me souviens de cette expérience de début de carrière. J’étais professeur en classe de 3ème section européenne et, en conseil de classe, les élèves délégués avaient fait la remarque suivante à mon égard : « Elle nous épuise ! » Sur le coup, je l’avais très mal pris et je n’avais rien modifié au rythme de mon cours, convaincue que je n’avais aucune leçon à apprendre de mes élèves, et encore moins de leurs remarques désobligeantes !

Aujourd’hui, avec le recul nécessaire, cette remarque m’inspire le commentaire suivant : trop concentrés sur notre propre performance et soucieux de bien faire, nous pouvons être tentés d’imposer « un rythme d’enfer » à nos classes. Sur nos cinquante-cinq minutes chronométrées, nos élèves sont en apnée. Ils n’ont plus le temps de se poser, de réfléchir, de se tromper, de se corriger … en bref, de respirer. Quand mes élèves m’ont jugée « épuisante », ils voulaient sans doute me faire passer le message que je n’étais pas toujours à l’écoute de la classe, de son rythme, de ses besoins.

Faire vivre la classe, mais également la laisser vivre et respirer.

Adoptons cette technique de cirque qui consiste à faire tourner une assiette chinoise – ou assiette de jonglerie -  en équilibre au bout d’une baguette. Il suffit d’une légère impulsion pour relancer le mécanisme de rotation, mais si le mouvement est trop brusque ou précipité, l’assiette sort de son axe et tombe.

Apprenons à donner l’impulsion nécessaire au bon moment sans briser l’alchimie du groupe !

3 commentaires sur L’alchimie d’une classe

  • Jeannine

    J’ai aussi tendance avec mes CM2, surtout en début d’année quand je vois tout le chemin à parcourir et que je viens de préparer le programme d’année avec ma collègue, à les solliciter et à les stimuler sans les laisser souffler. Petit à petit, j’ai observé qu’après le moment intense et long que je venais de leur faire vivre, ils avaient tendance (lors du changement d’activité) à discuter entre eux… Ce qu’ils ne faisaient pas, ou moins à d’autres moments. Le mieux à faire, je l’ai trouvé progressivement, c’est de ne pas enchaîner sur une autre séance, c’est prendre le temps avec eux de parler un moment.
    Un autre moyen pour voir si je les épuise, c’est de m’informer auprès de l’élève la plus en difficulté de la classe dont le regard ne ment jamais et semble dire : « C’est trop long, je n’arrive pas à tout digérer. Si on faisait une pause ? »
    Ne pas s’épuiser soi-même, c’est aussi se retirer de la scène et proposer aux enfants qui le désirent de faire un bout de la leçon ou bien les mettre en binôme et les laisser chuchoter pendant le temps où la maîtresse respire.

    • Bonne Question

      MERCI Jeannine pour ce commentaire fort pertinent. Il vient nous éclairer sur la nécessité de recharger nos batteries pendant que nos élèves reprennent leur souffle. L’agitation d’une classe, comme tu le soulignes si bien, peut être également générée par le professeur lui-même !

    • Emmanuelle

      Effectivement, nous générons parfois l’agitation des classes… Mais parfois les élèves nous aident à nous améliorer. L’an dernier, lors des premières heures de cours, j’ai demandé à une classe de 5° de finir la phrase « pour qu’un cours d’anglais se passe bien, j’ai besoin … ». Bien sûr, j’ai eu les phrases attendues (d’apprendre mes leçons, d’avoir mon matériel etc…) mais contre toute attente, plusieurs élèves ont dit « j’ai besoin de prendre mon temps ». Nous avons gardé cette phrase comme devise… qu’ils se sont fait une joie de me rappeler quand ma mémoire flanchait. Je crois que nous avons tout à gagner à écouter nos élèves, à faire confiance à leur capacités.