Ateliers de théâtre

« In the Footsteps of William Shakespeare »

1-Comment est né ce projet ?

Je rêvais depuis longtemps de monter une pièce de théâtre avec mes élèves. La création de la section européenne dans mon établissement m’a permis de me lancer dans cette aventure. Le choix de Shakespeare, considéré comme l’un des plus grands dramaturges de la culture anglaise, s’est imposé comme une évidence.

2-Comment a-t-il pris forme ?

J’ai conçu le projet sur deux années, en 4ème et 3ème section européenne, avec un voyage d’étude à Londres, sur les traces de Shakespeare, en fin de parcours. J’ai associé ma collègue d’anglais à ce double projet et les vingt-sept élèves de la section ont joué « Twelfth Night » en 4ème et « Romeo and Juliet » en 3ème. A Londres, ils ont suivi un atelier de théâtre au Globe Theatre, dirigé par un acteur professionnel, et découvert le Londres de Shakespeare sur les pas d’un guide spécialisé.

3- Combien de temps y avez-vous consacré ?

En 4ème, cinq mois, de fin janvier à fin juin, à raison de deux heures par semaine. Les trois dernières semaines, nous avons organisé des répétitions par petits groupes sur l’heure du déjeuner pour finaliser la mise en scène, les placements et déplacements dans l’espace, le décor et l’utilisation des accessoires.

4-Ce projet ne vous paraît-il pas trop ambitieux à ce niveau ?

Monter sur scène et clamer du Shakespeare est un double défi pour de jeunes collégiens, mais je savais que c’était tout à fait réalisable. Une des mes amies, professeure en section internationale, m’avait invitée à des répétitions d’élèves de cinquième et quatrième. J’avais été impressionnée par la qualité du travail réalisé, tant sur la qualité de la langue que sur le jeu des acteurs. L’enthousiasme évident de ses élèves a fait fondre mes dernières réticences !

5-Quelles étapes avez-vous suivies ?

Nous avons suivi William Shakespeare à petits pas comptés, à notre rythme, sans perdre de vue qu’il nous faudrait être prêts pour les deux représentations programmées : l’une devant leurs parents, l’autre devant leurs camarades des deux classes concernées. Pour ne pas décourager les élèves devant l’ampleur du projet, je n’ai pas introduit le texte à mémoriser dès les premiers cours. Les élèves ont découvert Shakespeare et son époque avec notamment des extraits du film « Shakespeare in love » et un webquest. Ils se sont familiarisés avec l’intrigue et les personnages de « Twelfth Night » grâce à la lecture d’une bande dessinée « Bravo, Mr William Shakespeare ! » de Marcia Williams. Une présentation en vignettes, magnifiquement illustrée, très appréciée sous sa forme humoristique. J’ai conçu cinq fiches de lecture à partir de ce texte, facile d’accès.


6- Quelle version de la pièce avez-vous adoptée ?

J’ai adopté une version simplifiée et écourtée de la pièce qui permet une représentation en 45 minutes. Une collection intitulée « Shakespeare Made Easy » rend toutes les pièces accessibles à nos élèves de collège et lycée. De plus, une collection « Shakespeare retold stories » de Andrew Mathews en prose permet de proposer une autre approche aux élèves. Cet ouvrage m’a été d’une aide précieuse pour la bonne compréhension du texte, de l’intrigue et des  personnages.

7-Comment avez-vous distribué les différents rôles ?

Les élèves avaient régulièrement un petit dialogue à mémoriser et à jouer devant la classe. J’ai sélectionné les acteurs au fur et à mesure de ces saynètes. Le défi a été de donner un rôle à chacun des vingt-sept élèves, selon ses capacités. Pour ce faire, j’avais découpé la pièce en cinq parties pour multiplier les interventions : j’ai retenu, par exemple, cinq élèves différentes pour le rôle principal de Viola. Une fois les rôles distribués, les  cinq petites troupes s’organisaient autour d’un chef de groupe, élu par ses pairs, qui prenait en charge le bon déroulement des répétitions et coordonnait le travail de chacun des acteurs sous sa responsabilité.

8-  Sur quels critères avez-vous évalué le travail des acteurs ?

Les critères étaient les suivants : effort de mémorisation, aisance et prononciation, communication interactive, cohérence entre discours et geste,  inventivité et créativité. Pour éviter la monotonie et la routine des répétitions, je me suis inspirée de l’ouvrage « Shakespeare Set Free  – an innovative performance-based approach to teaching Shakespeare » Ed. FOLGER Shakespeare Library pour développer l’aisance sur scène – libérer la parole et le geste – avec des activités spécifiques au théâtre. L’ouvrage est une pépite d’or !

9-Quels conseils donneriez-vous à vos collègues ?

Faire preuve de rigueur dans l’organisation du projet et de souplesse dans sa mise en œuvre. Les élèves doivent porter eux-mêmes le projet et assumer les responsabilités inhérentes à un spectacle : apprendre leur rôle, apporter les bons accessoires, peindre les panneaux du décor, coordonner les costumes, sélectionner les interludes musicaux, taper les programmes, être présents aux diverses répétitions, accueillir les spectateurs et les placer, présenter l’intrigue et les personnages à l’auditoire …etc. Cette implication multiple permet à chacun d’être sous les feux de la rampe selon ses talents cachés.

10- Qu’avez-vous retenu de cette expérience ?

Quand nous faisons confiance à nos élèves, ils nous mènent bien au-delà de ce que nous aurions pu imaginer dans nos rêves les plus fous. J’ai pleuré d’émotion en découvrant la qualité de leur travail collectif et la palette de leurs talents !

Alors qu’attendez-vous pour vous lancer sur les traces de Shakespeare ?


Prochain article : exploiter les films en version originale

 

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