Gérer le stress de l’évaluation

Il m’a suffit d’une seule année, d’une seule classe, d’un seul élève pour être amenée à me poser cette question :

Comment puis-je aider mes élèves à mieux gérer leur stress de l’évaluation?

Le cas de Tom – j’ai modifié le prénom- élève de sixième, vous est peut-être déjà familier.

Tom n’a pas de difficulté d’apprentissage particulière. Il ne montre aucun déficit de l’attention, ni de problème de mémorisation. Il apprend ses leçons régulièrement, participe activement à l’oral et n’a pas de difficulté particulière à comprendre les consignes de travail. Et pourtant, quand il a une feuille d’évaluation devant lui, il perd tous ses moyens et ses résultats ne sont jamais pas à la hauteur de son investissement personnel. Et, bien sûr, à chaque mauvaise note, il est déçu et, à force, il finit par se décourager.

Je l’invite à rejoindre un groupe d’aide individualisée pour mieux l’accompagner.

Ce jour-là, je propose aux élèves de faire des petits groupes et d’élaborer eux-mêmes la prochaine évaluation. Je prétends être en panne d’inspiration et qu’il faut coûte que coûte qu’ils assurent la relève. Quelle promotion pour ces élèves : ils sont ce jour-là examinateurs ET correcteurs !!

Je leur promets que si leurs questions et réponses sont pertinentes, elles seront validées et retenues pour le test.  J’ai bien-sûr tenu ma promesse!!

Seules contraintes imposées : ils doivent travailler sans document, rédiger les consignes, les questions, les réponses et donner un barème pour chaque exercice.

Je les ai laissés faire et surtout, j’ai tendu l’oreille…

Obstacle n°1 : Qu’a t-on appris de nouveau?

Obstacle n°2 : Comment peut-on le mettre dans le test?

Obstacle n°3 : Qui rédige la consigne? … Je l’écris en français ou en anglais?

Obstacle n°4 : On donne combien de points pour chaque bonne réponse? … On enlève des points pour une mauvaise réponse?

Obstacle n°5 : On les met dans quel ordre? … Tu crois que cet exercice est plus simple ou plus compliqué que l’autre?

Obstacle n°6 : On est bien TOUS d’accord sur la bonne réponse ? …Y a-t-il une seule réponse possible?

Obstacle n°7 : Est-ce que l’on ne peut pas varier un peu plus nos exercices?… C’est franchement nul, vous trouvez pas?

Obstacle n°8 : On n’a pas déjà donné cette réponse dans un autre exercice????

Obstacle n°9 : T’es sûr qu’on a TOUT mis?

Obstacle n°10 : C’est trop facile?…  trop difficile?… trop long ?… En combien de temps on peut faire tout ça? …

et tant d’autres  obstacles sur leur parcours d’examinateurs et correcteurs en herbe!

Je les ai entendus  se questionner, argumenter, hésiter et finalement trancher. Je les ai vus démarrer en trombe, ralentir, s’arrêter net, piétiner, faire demi-tour pour finalement avancer. Toutes ces questions en pagaille, tous ces obstacles imprévus…. mais n’ai-je pas là les clés pour aider Tom?

Tom a juste du mal à se projeter dans l’avenir et à visualiser  la forme que prendra la prochaine évaluation. Au moment où il découvre le test, il ne fait pas le lien avec ce qu’il a déjà fait et appris. Face à l’inconnu, il perd pied. Alors, pourquoi ne pas dédramatiser tout le processus d’évaluation et  lui demander de poser lui-même les obstacles sur son parcours?

N’est pas ce que fait le champion de ski avant une compétition importante ? Il ferme les yeux, visualise son parcours, repère tous les pièges, ajuste sa vitesse, teste son équilibre et calcule sa prise de risques. Il a franchi la ligne d’arrivée avant même que retentisse le coup d’envoi.

 

Adoptez la formule gagnante des champions :

visualisez les obstacles et imaginez-vous les franchir, un à un, jusqu’à la ligne d’arrivée.


Depuis ce jour, j’enseigne à mes élèves cette simple technique de visualisation pour mieux appréhender leur peur de l’inconnu et gérer leur stress de l’évaluation.

Cette technique a effectivement aidé Tom à baliser son parcours d’apprentissage. De ce fait, ses résultats ont progressé régulièrement. Petit à petit, il a repris confiance en lui et a surmonté son appréhension de l’évaluation.

MERCI Tom ! Tu as posé ce nouvel obstacle sur mon parcours pédagogique pour que je réfléchisse à ce que je fais, comment je le fais, pourquoi je le fais … bref, pour que je me pose LA bonne question, toujours et encore, confrontée aux limites de ma propre pratique.

Comment adopter cette technique en classe entière?

En consacrant 5 à 10 minutes avant une évaluation pour faire réfléchir les élèves, à voix haute, à la forme que pourrait prendre la prochaine évaluation d’après ce qu’ils viennent d’apprendre. Au fur et à mesure de leurs interventions pertinentes, je lance  : « Bonne idée! », « Idée retenue! », « Excellente formule! », « Je n’aurais pas pu faire mieux! »,  « Génial! » , « Idée de génie! »…. et ils ont ainsi l’impression que le test est en cours d’élaboration, en direct,  dans ces échanges informels qui dédramatisent tout le processus.

Et vous, quelle technique avez-vous adoptée?

 

Prochain article : ateliers de théâtre

« Sur les traces de William Shakespeare »

 

 

 

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